[./6_les_noms_cites_2d_sixieme_partie.html]
[./3_les_noms_cites_2d_troisieme_partie.html]
[./9_les_noms_cites_2d_neuvieme_partie.html]
[./8_les_noms_cites_2d_huitieme_partie.html]
[./que_sont_devenus_les_lieux.html]
[./7_les_noms_cites_2d_septieme_partie.html]
[./que_sont_devenus_les_lieux.html]
[./8_les_noms_cites_2d_huitieme_partie.html]
[./index.html]
[Web Creator] [LMSOFT]
L’orchestre Ray BINDER existe dès lors …

« Le Carlton était alors considéré comme un des meilleurs hôtels d’Europe et les orchestres qui y furent engagés étaient tous d’une excellente qualité. Les horaires de travail étaient un peu différents de ceux pratiqués en France, mais nous avions un orchestre belge de musique de dîner pour nous relayer et, surtout, il était absolument interdit de faire le moindre bruit après minuit et demi. Le P.D.G. de l’hôtel, Mr Van Dam tînt à nous recevoir avec cordialité et nous n’avons jamais eu à nous plaindre de quoi que ce soit. Seule contrainte : horaires strictement respectés.
Les samedis et dimanches, les orchestres jouaient dans la grande salle et il s’y pressait un monde fou.
Jack HYLTON y vînt pour trois jours au grand désespoir de mes musiciens qui voyaient là notre déchéance. Il n’en fut rien, car Jack jouait très fort et le contraste avec nous était tellement évident qu’il n’y avait aucune concurrence.
  
L’orchestre Ray BINDER, dans la salle de restaurant du Carlton d’Amsterdam en 1935 avec, de gauche à droite :
1er rang : Ray BINDER, Georges EFFROSSE (saxo baryton), Bob FRUMKIN (saxo baryton), PARKER (saxo ténor).
2ème rang : Lucien SIMOENS (contrebasse), BESSIERE, MARCO (guitare), OLIVIER (batterie).
  
Le même orchestre, la même année, dans la grande salle du même établissement. De gauche à droite : Ray BINDER, Georges EFFROSSE (au violon, cette fois), BESSIERE, Bob FRUMKIN, PARKER, OLIVIER, MARCO, Lucien SIMOENS (en partie).
  
  
D’'ordinaire, nous jouions dans le “ Petit Restaurant ” mais dont les dimensions étaient suffisantes pour y accueillir une bonne centaine de dîneurs et le double de ceux qui venaient l’après-midi simplement pour le thé et pour danser. Cette salle était décorée avec un goût très sûr et de couleurs claires et gaies.
Nous étions relayés de temps en temps par l’orchestre belge à qui revenait l’honneur, si j’ose dire, de jouer les tangos et les valses viennoises et avec qui nous avons eu les meilleures relations. Pour compléter le personnel, un couple de danseurs anglais ne laissait jamais la piste vide et les clients n’avaient pas la crainte d’être seuls sur la piste, ce qui créait un climat très familial et très décontracté …
Il me semble que la vie à Amsterdam convenait parfaitement aux musiciens de l’orchestre et qu’ils s’étaient bien habitués à un genre de vie assez différent du nôtre ... »
  
L’orchestre continue à se produire à l’étranger jusqu’au début du second semestre de 1935 et rentre alors à Paris où il sera pendant plusieurs années  l’une des formations chargée d’assurer l’ambiance musicale du prestigieux restaurant : MAXIM’ S, 3, rue Royale, Paris (8ème).

«  Trois semaines de Suisse et j’étais prêt à affronter le pire public du monde, c’est-à-dire le haut du pavé chez le plus réputé des restaurant. Dans le but de parer à toute éventualité, je repris le chemin de la capitale où j’arrivais le 25 août 1935.
Bien m’en a pris, car le 27 au matin, j’eus un coup de téléphone d’Albert (le célèbre maître d’hôtel de l’établissement – « le maître d’hôtel des princes et le prince des maîtres d’hôtel !!! » N.D.L.R.)  m’ avertissant qu’en raison d’un temps abominable sur Paris, MAXIM’ S avait rouvert plus tôt que prévu et que la clientèle désertait le Bois de Boulogne au profit de la ville et que l’on refusait du monde tous les soirs.
Il fallait qu’il y ait un orchestre au plus vite et j’avais quarante huit heures pour former quelque chose avec rien, car je ne savais pas où étaient mes musiciens habituels. Certains avaient été engagés dans d’autres orchestres, d’autres été partis en promenade ou chez des parents en province, bref … rien.
Mes débuts furent catastrophiques, même avec les meilleurs que je trouvais mais qui ne connaissaient rien de mon répertoire, ni des tempos que j’avais appris, ni des uniformes que nous mettions d’ordinaire. C’est donc le rouge au front que je débutais, persuadé que mon contrat de 15 jours ne serait pas reconduit.
J’ai passé de cette façon trois soirées horribles, mais dès le 1er septembre, après avoir envoyé des télégrammes à tous mes anciens musiciens, j’eus la joie de les retrouver, certains à la descente de leur train. Je présentais alors au public archi nombreux un orchestre au point, que les vacances n’avaient pas changé et qui marchait comme sur des roulettes.
Après les quinze jours fatidiques, je m’adressais, timidement, à Albert pour lui demander : « Que faisons nous maintenant ? ». De son air le plus bourru, il me regarda comme si j’étais une bête curieuse et me dit : « continuez ». Ce fut comme cela que je restais, à part pendant la guerre et l’occupation, sept années dans cet établissement sans avoir à poser une question de ce genre. Tout n’allait pas, cependant, aussi bien qu’on
pourrait le penser et il y eut bien de mauvais moments, mais je ne veux pas y songer, car non seulement le public habituel nous avait adopté, mais la direction nous soutenait. »
  
Maxim’s et autres lieux




Si, pendant toutes ces années (de 1935 à 1947, sauf pendant les cinq ans d’occupation de la Capitale), Ray BINDER et son orchestre ont été les musiciens attitrés de MAXIM’ S, ils ont parfois cédé la place quelque temps à d’autres formations (comme celle du saxophoniste Jean LAPORTE, en 1938) et se sont alors produits en province ou à l’étranger.
  
« Notre engagement chez Maxim’ s nous obligeait à d’éventuels reportages par radio, mais, à vrai dire, il n’y en eut que deux car la clientèle n’appréciait pas, de peur d’être citée par un reporter indiscret. C’est le deuxième reportage qui me fit rencontrer un vieil ami : Jean-Jacques VITAL, dont c’était la première sortie en public et il avait un tel trac qu’il se plaça derrière moi afin de ne pas être reconnu.
Afin de les remercier du concours qu’ils m’apportèrent sans réserve, je dois nommer les musiciens qui acceptèrent de jouer à la manière que je leur avait imposée dès les premiers jours : DESFOSSE, au piano, BROUSSE à la contrebasse, OLIVIER à la batterie, MARCO à la guitare, Bob FRUMKIN au saxo baryton et à l’accordéon, GUELLERIN au saxo baryton et au second violon, VIGNERES au saxo ténor et au 1er violon, BOUSSARD, à la 2ème trompette et au bandonéon.
Parmi les airs à la mode de ce temps : Night and day, Miss Otis regrets, clopin clopant, Blue moon, Stormy weather, Mood indigo, Je tire ma révérence, Parlez moi d’amour, Le chaland qui passe, Smoke gets in your eyes, Madame la Marquise, Horsey horsey, Bump a daisy et l’increvable Lambeth walk. Tout ceci assorti des chansons de Paul Delmet, des refrains anglais comme l’adorable : Rose de Picardie,des airs russes comme les Yeux noirs et des rumbas dont la plus célèbre reste le Peanuts vendor. Il n’est pas possible de citer tout le répertoire car, dans ces années, chaque jour apportait un refrain nouveau et les enfants chantaient encore dans les rues.

Chez Maxim’ s, tout allait pour le mieux et la salle ne désemplissait pas sauf pendant les soirées très chaudes, quand la clientèle désertait un peu le centre de Paris pour dîner dans les restaurants du Bois de Boulogne.
Un soir, vers onze heures, alors que tout était complet, une bande d’individus se planta devant les glaces de la rue Royale. Ils demandèrent que l’orchestre arrête de jouer, en arguant que le contrat collectif n’était pas respecté et qu’ils mettraient leurs menaces de tout casser à exécution si le directeur (Mr Vaudable père) ne signait pas ce fameux contrat immédiatement. Devant ces menaces, le contrat fut signé et l’orchestre recommença à jouer, tout ceci au grand étonnement de la clientèle et du nôtre car nous ne savions rien du contenu de ce contrat. Il stipulait que chaque musicien avait droit à une soirée de congé par semaine car Maxim’ s  n’avait pas de jour de fermeture.
  
Il fallut donc en passer par là et ce fut un désastre pour l’orchestre, car chaque jour, un musicien manquait : pas de pianiste, de violon, de basse, de guitare, saxo ou autre, ce qui désorganisait tout. De plus, le Syndicat des propriétaires d’hôtels et restaurants exigea que tous les orchestres fussent renvoyés au bout d’un mois de préavis. Une pagaille invraisemblable s’en suivit et je reçus mon congé comme les autres.
Ce mois de préavis de renvoi fut tellement mauvais musicalement pour moi que j’étais content qu’il prit fin, d’autant plus que les offres de travail ne me manquèrent pas et qu’Albert me dit en confidence : « Ne vous en faites pas, vous reviendrez ». Ce qui fut fait avec du retard en raison de la guerre qui menaçait de plus en plus.
Parmi les offres qui me furent proposées, j’ai choisi celle du Miami, le club le plus chic de Lille et peut-être de toute la province. Et un matin, nous prîmes le train à la Gare du Nord. »
  
Ray BINDER et son orchestre, date indéterminée, peut-être à la fin des Années 30.

Photo x
  
Jazz  Tango de janvier 1935
Photo x
Photo x
Photo x