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A partir de la moitié des Années 20 avait commencé à prendre forme une formation qui s’appellera d’abord « The Collegians » avant de devenir célèbre sous le nom de « Ray VENTURA  et  ses  Collégiens ».

« … L’entrée, en 1927, du nouveau trompettiste (Ray BINDER) fût chaleureusement accueillie et je ne remercierais jamais assez ceux qui m’ont offert tout de suite leur amitié …
Il n’y avait pas seulement les musiciens à cette répétition, mais aussi les sœurs, cousines, amies, etc … à qui j’ai, paraît-il,  fait grande impression.
Voici comment étaient répartis les rôles dans l’orchestre : Edouard FOY et Jacques ROSSELLI au saxo, Jean GOMPELL au saxo basse, Henry GUESDE au banjo, Philippe MONTEGUT à la 2ème trompette, Jean-Roger SAINTENY au trombone et un pianiste dont le nom reste populaire : Ray VENTURA.
Seul Philippe MONTEGUT me bouda un peu car je devais remplacer son très bon copain, Jean BERTEAUX, obligé pour cause de maladie d’abandonner Paris. Mais quelques jours après, Philippe et moi sommes devenus  d’excellents amis que plus rien ne devait séparer. Il habite maintenant au Etats-Unis, vient rarement en Europe, mais notre amitié reste la même. Un autre (Jean-Roger SAINTENY)  « tourna mal » puisqu’il devînt ministre sous De Gaulle. Henry GUESDE partageait sa place au banjo avec Jean-Pierre BENARD qui lui aussi « tourna mal » puisqu’il entra dans la « carrière » et finit Ambassadeur de France.
Les répétitions se succédèrent à un rythme accru et bientôt, les « Collégiens » (tous de Janson de Sailly, sauf moi qui venait de Chaptal) devinrent la coqueluche des jeunes du XVI ème Arrondissement et les galas se suivirent avec un succès grandissant.
  
Nous jouions les airs à succès venus des Etats-Unis et d’Angleterre, sans oublier les chansons françaises et même allemandes, connues du grand public par les disques.
Je viens d’écrire un mot fatidique, car notre grand espoir fût de « faire des disques ».
Mais l’orchestre n’était pas encore en mesure d’affronter les terrifiants micros d’enregistrement ou de radio.
Aussi, deux recrues de premier choix vinrent agrandir le cercle des « Collégiens » : les frères ARSLANIAN, c’est-à-dire John au saxo - ténor et Grégoire, plus connu sous le nom de Coco ASLAN qui s’installa derrière la batterie.
Cette fois, il fallait trouver une marque de disques qui pouvait s’intéresser à cette cohorte de fous que nous étions.
Un autre pianiste s’intéressait beaucoup à nous. Il jouait au LIDO dans une boutique de disques très connue et dont le directeur était un descendant de Jacques OFFENBACH. C’était donc le miracle que nous attendions et qui finit par devenir réalité. Ce pianiste qui désirait tant faire partie de l’orchestre portait un nom qui est devenu célèbre : Popaul pour les intimes et Paul MISRAKI pour la foule. Il fit tant et si bien que le directeur, Monsieur Offenbach, finit par s’intéresser à nous, remua ciel et terre, nous fit faire des auditions et, en octobre 1928, la firme Columbia nous donna un rendez-vous dans une espèce d’usine désaffectée où se faisaient les enregistrements.
De ce rendez-vous mémorable sortirent deux faces sous cette marque très prestigieuse : Sweet Ella May (chanté par un américain : Lou ABELARDO) et I’m afraid of you (avec trio vocal), deux titres en provenance des Etats-Unis mais qui étaient sur toutes les lèvre de notre clientèle des jeunes du XVI ème.
Je ne crois pas que Columbia gagna beaucoup d’argent avec ce disque, mais je pense qu’elle n’en perdit pas beaucoup.
Le personnel de l’orchestre fût enrichi de plusieurs musiciens professionnels afin d’étoffer notre petit groupe et lui insuffler une plus grande musicalité : Alex RENARD à la trompette, Marcel DUMONT au trombone, et surtout Dany POLO, au saxo et à la clarinette.
Mais laissez moi vous dire que les enregistrements de l’époque n’avaient aucun point commun avec ce qui se pratique de nos jours. Un seul micro au milieu de l’immense pièce, des pupitres en très mauvais état et un ingénieur du son qui était probablement un crack dans le genre symphonique, mais qui n’avait pas la moindre idée de ce qu’était la musique de jazz du moment. Le pauvre Coco, au bout de la salle, seul avec sa batterie, le guitariste collé au micro unique, les cuivres à droite, les saxos à gauche, le chef n’importe où et une cabine de son de laquelle nous ne pouvions écouter ce que nous faisions. Car l’enregistrement se faisait sur une plaque de cire blonde, chauffée à une température convenable pour que l’aiguille puisse y pénétrer à une profondeur invariable, et cela mettait un temps infini à être au point. Des essais en quantité, des mises au point qualitatives, tout cela contribuait à faire naître dans l’orchestre un climat de nervosité désagréable et très nuisible à la qualité des solos d’autant plus que pour faire un solo, il était nécessaire, soit de le connaître par cœur, soit de transporter avec soin la partition, la placer devant le pupitre branlant devant le micro, tout ceci sans le moindre bruit et sans le moindre retard. Bref, une séance très délicate et très fatigante.
Le disque sortit quand même et se vendit, parait-il, assez bien, pas assez cependant pour que Columbia demandât une autre séance. Quelle fierté d’avoir fait un disque et de l’apercevoir sous le bras d’un quelconque acheteur. La photo publicitaire fût faite aussitôt et certains amateurs actuels recherchent encore le disque et la pochette, près de soixante ans après. Ce n’est pas si mal que ça, n’est-ce pas ? »
  
Hugues PANASSIE, dont les prises de positions tranchées en faveur de ce qu’il considérait comme le « vrai jazz » provoquèrent sa rupture avec Charles DELAUNAY favorable au be bop, évoque cet enregistrement dans son livre de souvenirs : Douze années de jazz (1927 – 1938) :
«  … Je demandai à Dan POLO s’il avait déjà enregistré des disques. Il me répondit qu’il venait justement d’en enregistrer un avec un orchestre de collégiens dirigé par Ray VENTURA.
J’avais déjà entendu parler de l’orchestre de Ray VENTURA par un ami qui me l’avait décrit comme le seul groupement français d’amateurs qui essayait de « jouer hot ». Quelques jours plus tard, ayant appris que le disque était paru, je me rendis au magasin où j’achetais habituellement mes disques, magasin situé sous les arcades du Lido. Sitôt entré, je demandais le disque de VENTURA. « Monsieur VENTURA va vous le faire entendre lui- même », me répondit-on, et je me trouvais en face de Ray VENTURA à qui le magasin en question avait demandé de venir passer là ses après-midi, pendant les premiers jours de vente de son disque. C’est ainsi que je fis sa connaissance.
Le gros public et les critiques, qui ne connaissent que le Ray VENTURA « commercial », ignorent que ce musicien chercha au début à faire du jazz authentique. Quelques uns de ses musiciens n’étaient pas dépourvus de dons ; Lorsqu’il voulut gagner sa vie avec sa musique, lorsqu’il voulut percer, VENTURA se vit obligé de faire du faux jazz, du jazz commercial, car Jack HYLTON, avec ses pitreries et ses ignobles fanfares, avait habitué le public français à exiger des orchestres de jazz toute une mise en scène spectaculaire et une vulgarité musicale qui ne laissait aucune place à la sincérité. »  
  
  
« Je dois signaler la sortie, dans les années 80 d’un disque de la célèbre marque américaine « Wolverine », à Chicago, sous le N° 4 79065, d’un 33 tours, avec en couverture la photo que je viens de citer.
La firme Columbia n’ayant pas donné suite à notre tout premier disque, ce fut la marque Odéon qui, dès le début de 1929, me chargea d’une série d’enregistrements sous la direction de Mr M…, devenu depuis le P.D.G. de Phonogramme et que j’ai le très grand plaisir de rencontrer au MIDEM presque chaque année. Il ne manque jamais de me rappeler l’ambiance dans laquelle se déroulaient les prises de son, et en particulier une séance très houleuse qui faillit tourner au carnage, car les musiciens excédés par les nombreux atermoiements de la mise au point, devenus enragés, se ruèrent à l’assaut de la cabine de son avec la détermination de « casser la gueule » du metteur en ondes. Il fallut toute la diplomatie de Mr M… pour stopper cette révolte et remettre les choses au point, tout en reconnaissant que nous n’avions pas totalement tort.
Depuis cette séance agitée, les choses changèrent un peu et on consentit à considérer que nous n’étions pas un orchestre symphonique et que le jazz valait mieux, en somme, qu’une aimable rigolade.
L’orchestre faisait des progrès musicalement et, de surcroît, notre présentation s’améliorait. Nous eûmes le même smoking fait par le même tailleur pour les soirées, puis un pull-over blanc sur un pantalon blanc et les mêmes chaussures, toujours blanches, pour les après -midis dansants. 
Mais pour toutes ces dépenses, il fallait de l’argent et on prélevait sur les recettes une dîme élevée qui n’allait pas sans provoquer quelques désillusions sur la rentabilité de nos prestations.
Dès lors, les séances d’enregistrement se succédèrent à un rythme assez régulier et, fait nouveau, les éditeurs de musique commencèrent à s’intéresser à nous et ils nous proposèrent des titres tout juste arrivés des Etats-Unis ou d’Angleterre, d’Allemagne et même de France.
En février, mars et mai 1929, quelques titres sont encore bien connus tels : « You are the cream of my coffee », « I want to be bad », « Lover come back to me » et les célèbres : « Louise » et « Makin’ whoopee ». Au sujet de ce dernier, je dois raconter l’épopée de sept des « Collégiens » à New York. »
  
Une partie des musiciens, dont Ray BINDER, a en effet, au début de 1929, la possibilité de se rendre aux Etats-Unis.

« Grâce aux parents de Philippe MONTEGUT, qui étaient de bons clients de la C.G.T. (Cie Générale Transatlantique), sept « Collégiens » eurent le privilège de faire le voyage Le Havre – New York gratuitement, à condition de jouer à bord.
A l’aller, c’est le paquebot « Ile de France » qui eut l’honneur de nous accueillir et de nous mener à bon port. Quels jours de joie, de camaraderie, de travail facile et aussi de succès pour ces jeunes fous.
La statue de la Liberté passée, les passerelles baissées dans le port, et la douane américaine, très soupçonneuse, tout cela pour nous retrouver à l’hôtel Alsina dont nous n’avons certainement pas abîmé les matelas car nous ne dormions presque pas
Ne fallait-il pas tout découvrir dans cette ville immense ? : Cabarets à orchestres noirs réputés, comme Fletcher HENDERSON, Harlem la nuit …
C’est dans un dancing très insolite que nous avons entendu, non seulement Fletcher HENDERSON, mais également un excellent orchestre de blancs, qui jouaient en alternance, soit environ un quart d’heure chacun. Mais ce qu’il y avait d’insolite, c’est qu’une barrière séparait le public de la piste de danse. L’entrée était gratuite, mais un homme chargé d’une grosse sacoche, et probablement « physionomiste », faisait payer « à la danse » tout comme dans les bals musette de la rue de Lappe.  Ceci en plein New York avait de quoi étonner les parisiens que nous étions.
« La Revue Nègre », vue du deuxième balcon, en principe uniquement occupé par des noirs, et enfin la comédie musicale : « Makin’ whoppee », jouée par les stars de Broadway  et avec l’orchestre de Paul WHITEMAN sur scène pour le final. A ce sujet, je tiens à dire que nous avons eue la chance inouïe d’être accepté comme auditeurs et spectateurs à une répétition de « Big » Paul WHITEMAN et de son grand orchestre qui comprenait notoirement Bix BEIDERBECKE, Frankie TRUMBAUER, MARGULIES, Miff MOLE et le petit banjo bossu PINGITORRE.
Impossible de nommer toutes les vedettes de ce premier grand jazz semi – symphonique qui a fait courir le monde entier.
Des journalistes essayèrent en vain de se joindre à nous pour assister à ce qui leur était toujours refusé. Ce qui nous permit de faire la connaissance des reporters de stations de radio : C.B.S. et N.B.C., et nous avons eu, une fois de plus, l’honneur de représenter les musiciens français sur les ondes américaines.
Après les émissions, des centaines de lettres nous furent remises, surtout parce que nous avions créé un air, alors inconnu en Amérique : « Ce n’est que votre main, Madame », traduit en anglais par : « I kiss your little hand, Madam » qui fut un énorme succès et les « Collégiens » en eurent leur part.
Des invitations venues de toutes parts clôturaient très régulièrement les journées.
Autre grande chance : une invitation chez les frères DORSEY. Un après-midi, Jimmy nous reçu fort aimablement et nous fit écouter un disque très nouveau d’un trompettiste noir qui commençait à faire sérieusement parler de lui, car il s’agit du premier disque de Louis ARMSTRONG.
Tommy avait apporté sa trompette car il n’avait pas encore choisi entre la trompette et le trombone, mais il se refusa à jouer devant nous. Un drôle de bonhomme portant une immense boîte de guitare vînt nous rejoindre et sortit son instrument qui était une guitare à douze cordes dont il jouait merveilleusement bien. Jimmy sortit alors sa clarinette et j’eus l’honneur de faire un « bœuf » avec lui, accompagné par le formidable Eddie LANG. Je pense souvent à cette exceptionnelle chance qui me fût donnée ce jour là ... »
« … Les meilleures choses ont une fin et il fallût embarquer pour le retour sur le « Paris », autre paquebot de luxe de la C.G.T. …

Je crois qu’il est temps maintenant de nommer ceux des « Collégiens » présents à ce voyage : Philippe MONTEGUT et moi aux trompettes (Philippe jouait aussi du saxophone), ainsi que John ARSLANIAN au saxophone ténor, Robert DEGAILLE au trombone, Bob VAZ au piano, Coco ASLAN à la batterie et Ray VENTURA au saxo – basse qu’il avait appris dans un temps record. »

  

« Ray VENTURA fit un voyage en  Amérique avec son orchestre. Il eut la chance d'entendre Bix (BEIDERBECKE) avec Paul WHITEMAN, peu de temps avant que le célèbre trompette ne tombât définitivement malade. A son retour, Ray nous montra un billet de 100 francs (ou de 20 dollars ?) recouvert des signatures de tous les membres de l'orchestre WHITEMAN, et une carte destinée à Dan POLO sur laquelle Bix avait écrit : Hello, Dan, je bois toujours énormément ! ».  (Hugues PANASSIE - Douze Années de Jazz)

Cet évènement est relaté, avec un souci du détail qui caractérise cet historien hors pair, par Jean - Pierre LION, dans son magnifique ouvrage de référence sur le cornettiste, pianiste et compositeur américain  Bix BEIDERBECKE. Intitulé sobrement : BIX, Bix Beiderbecke, une biographie, et publié aux Editions Outre-Mesure, ce livre a obtenu  le Prix Charles Delaunay (meilleur livre) décerné par l'Académie du Jazz pour l'année 2004 :
«  … La journée du lundi 1er avril (1929) avait été marquée par la visite inattendue de sept musiciens français …
Ray VENTURA avait vingt et un ans, et les membres de son jeune orchestre balançaient encore entre le statut de musicien professionnel et celui d'étudiant. Trois disques venaient de paraître en France sous l'étiquette de Ray VENTURA and his COLLEGIANS. Un trompettiste de la formation  obtint par ses relations familiales un voyage gratuit vers les Etats Unis. Ce périple était également offert à six de ses camarades, l'unique obligation de l'orchestre étant de jouer pendant la traversée. Les jeunes gens embarquèrent sur le paquebot Ile de France dans les derniers jours du mois de mars 1929 ...
… La rencontre d'un employé de Columbia permit à Ray VENTURA et à ses camarades d'assister, le 1er avril, à une répétition de l'orchestre WHITEMAN ... 
… A la fin de la séance, Ray VENTURA parvint à faire signer Paul WHITEMAN et ses principaux solistes sur un billet de vingt dollars : il conserva cet objet fétiche, au fond de son portefeuille, jusqu'à la fin de sa vie.»
  
Les « Collegiate Five Augmented», futurs « Collégiens », aux Ambassadeurs de Deauville, à Pâques 1927. Ray BINDER est le deuxième, en partant de la gauche, au premier rang.  Photo x
  
Jean-Pierre LION avait eu, quelques mois avant sa disparition, une longue conversation téléphonique avec Sacha DISTEL. Ce dernier lui avait raconté la fin de vie de son oncle qui vivait à Majorque avec des moyens financiers limités, ses seuls revenus étant ceux versés par la SACEM ... la femme qui partageait alors sa vie semble avoir tiré un profit maximum des valeurs qu'il pouvait encore détenir : lorsque Sacha et sa sœur sont entrés au domicile de Ray VENTURA, après sa mort, l'appartement était entièrement vide !
Plus aucun papier personnel, aucune archive ...
Où se trouve aujourd'hui le billet de banque signé par Bix ?