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« … Le succès obtenu à l’Empire nous vaut quelques bonnes nouvelles : quinze jours à l’Olympia (du 31 juillet au 13 août 1931), au Petit Casino de Nice pour huit jours, tournée en Suisse, huit jours à Alger et, en septembre, participation au tournage d’un film à Billancourt : « L’amour à l’américaine ».
Tout cela procure à l’orchestre, devenu : « Ray VENTURA et ses Collégiens » une joie sans précédent et des projets plein la tête.
Aussi, dès les premiers jours d’août, les répétitions recommencent à raison de trois ou quatre par semaine. Paul MISRAKI fait des orchestrations, j’en écris la mise en scène, certains sketches sont supprimés et remplacés par de nouveaux. Bref, un travail de routine accéléré. La crise sévit en France et dans toute l’Europe, mais nous n’avons pas le temps de nous en apercevoir.
Il nous faut un homme « bon à tout faire » et nous engageons un belge nommé Teddy, qui se charge de tout, y compris des éclairages. De grands paniers en osier sont nécessaires pour contenir les instruments pendant les déplacements et les voyages. Nous nous apercevrons plus tard que ce n’était pas du luxe, car si les voyages forment la jeunesse, ils esquintent les costumes, les instruments et les décors.
Notre passage à l’Olympia (mentionné plus haut) n’est pas une sinécure. Non parce que nous ne jouons que trois quarts d’heure mais parce que l’Olympia n’est pas alors un music-hall mais un cinéma avec attractions. Nous passons sur scène cinq fois par jour, mais le film durant, avec les actualités, environ deux heures, nous devons être à pied d’œuvre de 14 heures à minuit. Les deux heures nous laissent à peine le temps de nous déshabiller, de prendre un café non loin, de remonter dans la loge, nous rhabiller, faire notre numéro et ainsi toute la journée. Le public n’est pas très nombreux l’après-midi, mais les soirées sont combles et notre succès est assuré.
Nous avons des nouveaux dans l’orchestre et ils font l’affaire au bout de quelques séances. Marcel DUMONT nous quitte à la fin de la quinzaine et c’est René WEISS qui le remplace, cette fois pour longtemps.
  
Après l’Olympia, nous faisons huit jours à Toulouse et huit jours à Nîmes dans les mêmes conditions. Ensuite, quelques jours ensoleillés à Nice, au Petit Casino et nous partons pour la Suisse : Genève, Lausanne, Neuchâtel et Berne. Là, mon vieux copain Erik KROLL est hospitalisé pour une appendicite et je reste seul à la trompette pour le voyage à Alger …
Ensuite, retour à Paris où nous attendent de nombreux galas en attendant un court métrage : « Les trois petits tambours », dont nous n’avons jamais pu avoir la moindre copie, et c’est dommage car c’était une réussite.
Après les bals, les galas, les réceptions, le music-hall, nous nous attaquons au cinéma et, bien évidemment, c’est très nouveau pour nous. Le tournage a lieu aux studios Richebé à Boulogne Billancourt et nous apprenons à arriver à heure fixe et à poireauter pendant des heures avant que les places nous soient assignées et que les essais commencent. Avec nous, le film comprend deux vedettes célèbres : SPINELLY et André LUGUET, tandis que dans le studio voisin, on tourne : « La petite chocolatière » avec le sensationnel RAIMU.
Nous faisons connaissance avec les gens de cinéma et avec le metteur en scène, un hongrois dont je ne me souviens pas du nom, mais qui a fait fureur en son temps. Un décor spécial nous est réservé et nous nous installons facilement car l’espace est assez large et bien agencé. Tout cela durera une dizaine de jours, de huit heures du matin à cinq heures du soir.
Le film se termine bien et, ensuite, nous enregistrons la musique d’accompagnement dont le thème est : « Fantastique ». Nous avons aussi joué un thème « hot » connu des amateurs de jazz New Orleans : « Wabash blues », dans le plus pur style noir, avec Charles HARY à la clarinette, René WEISS au trombone, toute la section rythmique et moi-même à la trompette. Le résultat est excellent, au-delà de tous nos espoirs. Malheureusement, les nazis, pendant l’Occupation, ont détruit tout ce que nous avions enregistré à l’époque et ce film, qui a été programmé plusieurs fois à la télévision, ne comporte plus rien de ce travail.
Nous passons au Richebé à Boulogne, aux studios Paramount de Saint Maurice, pour des courts métrages qui, également, ont été détruits entre 1940 et 1945. Rien ne subsiste de cette époque.
Puis, une tournée dans le midi de la France et la fin de l’année 1931 se fera à Lille, à la brasserie Bellevue, devant un public si enthousiaste qu’il faudra la police pour rétablir un semblant d’ordre. »
« Cette fois, nous sommes vraiment des vedettes car dans chaque ville, on se bat pour entrer dans les salles où nous nous produisons. … Nous donnons un concert au Théâtre des Champs Elysées (en décembre 1931, probablement – NDLR) et le public et la presse sont unanimes à nous applaudir sans réserve. »
  
Ray BINDER a collaboré à la revue Jazz Tango Dancing, comme plusieurs de ses confrères. Il écrit dans un article intitulé  Historique du jazz dans le N° 15 de décembre 1931 : «Leurs lamentations devinrent donc fatalement (aux noirs) des chants rythmés et il parait assez naturel de trouver là l’origine des « blues chantés ». Les nègres n’oublient pas facilement et quelques années plus tard, le noir esclave devenu libre apprenait à ses enfants, en grattant un vieux banjo, les chants de douleurs de ces ancêtres : Saint Louis Blues, Memphis Blues, New Orleans Blues, etc ...  Voici le répertoire national que tout nègre américain connaît et vénère comme nous nos vieilles chansons françaises ». Pour Ray Binder, la naissance du jazz est liée à l’esclavage et il souligne le caractère populaire de cette musique pour les afro-américains. Le second volet de son article parait dans le même journal en mars 1932 et ne manque pas d’éléments intéressants sur les origines de cette musique. « A la fin de notre premier article, nous disions que le jazz-band était né et qu’il avait adopté la formation “ hot ” type. “ L’original dixieland ” fut imité et copié cent fois. Les nègres eux-mêmes adoptèrent les mêmes instruments et bientôt l’Amérique entière dansa le fox-trot et le blues. Quelques noms fameux d’orchestres restent encore présents à notre mémoire : ce furent le Memphis Five, le Wolverine Jazz et enfin le célèbre Cotton Pickers. Tous ceux-là furent formés pendant la guerre. Il faut dire maintenant quel genre de jazz ces gens jouaient. Indépendamment de leur rythme syncopé et brutal,, l’originalité de leurs formations attirait la curiosité des musiciens ; les harmonies simples revenant périodiquement et méthodiquement tout au long des morceaux influaient nettement sur la production musicale blanche. Les arrangeurs comprirent le parti énorme que l’on pouvait tirer d’une mélodie douce jouée par la trompette ; le trombone révéla des qualités sonores absolument inconnues. On s’aperçut qu’il était agréable d’entendre des cuivres vibrer, que le saxophone méritait une attention spéciale et, enfin, que le banjo constituait un admirable soutien de rythme et d’harmonie … ».