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Ray VENTURA et ses Collégiens sont programmés une nouvelle fois en février 1932 à l’Empire.
« Le premier jazz français de grande classe nous revient après une tournée triomphale en Angleterre. Musicalement, ils ne le cèdent en rien aux meilleurs jazz anglo-saxons : Jack HYLTON et Paul WHITEMAN. » (Candide 18/2/1932)
On peut les applaudir aussi du 19 au 25 février à l’Alhambra, 50, rue de Malte (11ème), puis, dans la même salle, du 7 au 20 octobre dans un programme de variétés entièrement « music-hall ». « Le grand mérite des “ Venturiens”, c’est de chercher continuellement à renouveler un répertoire éprouvé. » (Candide du 20/10/1932) – « Le jazz de Ray VENTURA est un excellent jazz français, un jazz joyeux … » (Le Journal 11/10/1932)

1932 est une année décisive pour Ray BINDER, car, en fin d’année …  

« C’est un gros succès qui sera suivi de bien d’autres, mais de graves dissensions éclatent entre Ray VENTURA et les « piliers » de l’orchestre, c’est-à-dire Edouard FOY et moi-même.
Ray annonce un beau jour qu’il a signé un contrat avec le Casino de Paris pour une longue durée et, à ce sujet, il a l’intention de payer les musiciens, non plus au jour le jour, mais au mois. Ceci est absolument contraire à nos engagements primitifs d’association, principalement avec nous deux, mais aussi avec tous ceux qui ont donné tout leur temps à répéter et à jouer sans le moindre salaire quand la publicité l’exigeait. De plus, Edouard FOY avait été chargé de la comptabilité et, depuis quelque temps, il n’était plus au courant des montants des engagements, ni des recettes. Sa comptabilité ne représentait plus la moindre garantie et il en avait
souvent  parlé à Ray, qui promettait un tas de choses mais dont on ne voyait jamais rien.
Paul MISRAKI n’avait aucune bile à se faire puisqu’il touchait ses droits d’auteur et ses droits d’arrangeur en
plus des cachets habituels. Une grande partie des nouveaux sketches étaient faits sur sa musique et nos
différents avec Ray ne l’intéressait pas le moins du monde. Certains autres n’avaient pas les moyens de quitter l’orchestre et nous sommes restés deux seulement à prévenir Ray de notre intention de nous en aller. Mais, beaux joueurs, nous lui avons accordé trois mois pour nous remplacer et ce n’est qu’au début de février 1933 que la séparation fut effective.
  
Jusque là, nous avons fait notre devoir et participé aux tournées et engagements promis.
Le contrat Decca fut remplacé par un contrat Polydor dans une salle proche de notre première expérience. Entre temps, nous avons fait une série de disques souples pour une société Viginia, dont les exemplaires sont rarissimes. Robert BURNIER (chanteur d’opérette dont le talent a été mis plusieurs fois à contribution par l’orchestre – NDLR) chante une très belle chanson : « Today », dont je n’ai aucun témoignage.
Notre répertoire s’était beaucoup enrichi et il nous était possible de passer plusieurs fois au même endroit sans décevoir les spectateurs, car ce qu’ils entendaient était nouveau pour eux.
Malgré cela, les vieux succès étaient toujours réclamés par le public et « Fantastique » devint le symbole de l’orchestre.
Le mois de janvier 1933 se passa à Zurich dans une belle brasserie : le « Silhporte ». Raymond LEGRAND prit la place d’Edouard FOY mais, par contre, je ne fus pas remplacé. »

Le nouveau départ, en février 1933 …

« Quelques villes furent visitées avec l’orchestre au grand complet et la séparation eut lieu à la gare de Strasbourg, après un beau concert.
La gare à une heure du matin est presque déserte, cependant un groupe bruyant se forme et les discussions sont animées. Une partie de l’orchestre est venue nous saluer et la gaieté est totalement absente car il s’agit de quitter nos vieux camarades et c’est un déchirement profond pour la plupart d’entre eux qui n’ont pas voulu nous laisser partir seuls. Ray VENTURA nous a simplement serré la main ; il semblait très ému et ne voulait pas le faire voir.
L’orchestre partait le lendemain pour l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Ses membres ne savaient pas que ce voyage serait très mauvais pour eux : pas payés, pas de succès, des dettes et  que la cassette de VENTURA père devrait s’ouvrir pour assurer le retour.
Edouard FOY et moi attendions le train qui devait nous ramener à Paris et la Tour Eiffel apparu dès l’aube du matin suivant. »
  
L’orchestre Eddy Binder :

« Notre collaboration dura quelques années sans nuages car nous avions bien choisis nos rôles respectifs : Edouard s’occupait des affaires et des engagements et je devais m’occuper uniquement de la question artistique et du choix des musiciens.
Nous avons tenu nos obligations jusqu’au bout et l’orchestre futur fut appelé : Eddy Binder, car pour des raisons de bienséance, Monsieur Foy père, bâtonnier de l’Ordre des Avocats, ne tenait pas à ce que son nom soit connu dans les milieux que nous devions fréquenter.
Edouard se mit en chasse dès notre arrivée à Paris et il ne tarda pas à décrocher plusieurs contrats intéressants au nom d’Eddy Binder.
  
La maison de disques Decca avait une sous-marque : « Edison Bell » et nous signa un engagement d’enregistrement d’une durée d’une semaine, mais il fallait pendant ce temps faire soixante dix faces environ. Edouard, qui ne doutait de rien, me donna un jour un paquet de musique et me dit : « Débrouille toi pour faire les arrangements ». Je n’en avais jamais fait auparavant et il fallut bien que je m’y mette. De plus, chaque titre devait être fait en deux exemplaires différents car la mode était aux disques de petit format, sans oublier pour autant le format habituel, d’où un travail double.
J’ai passé deux semaines de labeur acharné pour mettre au point tout ce que nous allions enregistrer ...
Nous avions décidé, d’un commun accord, de présenter un excellent orchestre et nous avons engagé un personnel très exceptionnel, c’est-à-dire ce qu’il y avait de mieux sur la place. Il s’agissait de :
Bob CASTELLA au piano
Robert ALLAN à la batterie
Arthur PAVONI au sousaphone
PETRONI à la guitare
Roger BERSON et moi-même à la trompette
Edouard FOY, André LLUIS et Andy FOSTER aux saxophones 
Andy FOSTER était un phénomène. Il arrivait à l’heure muni de son instrument, d’une bouteille de Pernod et d’un croissant, s’asseyait à la place qui lui était assignée et n’en bougeait plus jusqu’au soir. Il ne profitait jamais de la courte heure de repos destinée au repas de midi, mais se nourrissait uniquement de son croissant et de la bouteille de Pernod qu’il vidait entièrement dans le courant de la journée. Je dois dire qu’il n’a jamais fait la moindre faute et que nous n’avons jamais recommencé un disque à cause de lui.
La semaine s’écoula sans le moindre incident et le régisseur, Mr Pickering se montra très satisfait. A ma grande surprise, des amateurs de disques anciens ont retrouvé plusieurs des exemplaires que nous avons faits à l’époque.
Edouard n’en est pas resté à ce premier succès et signa un engagement avec le célèbre Henry de Montparnasse qui avait trouvé un nouveau local destiné à un cabaret : Le 14 Juillet, 21, Boulevard du Montparnasse (15ème). Nous avions une clientèle très mélangée qui attira très vite le « Tout Paris » et le succès fut immédiat. Le local étant petit, l’orchestre fut réduit à quatre musiciens : Bob CASTELLA, Roger ALLAN, Edouard FOY et moi. L’estrade était si petite que nous ne pouvions y tenir tous les quatre et, à tour de rôle, Edouard et moi étions obligés d’avoir un pied sur la scène et l’autre sur le parquet. »
  
« Les attractions étaient fournies par certains clients eux-mêmes et plusieurs clientes inventèrent un demi strip-tease très apprécié. La boîte faisait le plein chaque soir et il y faisait très chaud, bien qu’il n’y eût pas le moindre ustensile de chauffage. Tout alla donc très bien jusqu’au mois d’octobre 1933, mais les choses se gâtèrent avec le froid de l’hiver et bientôt, il n’y eût plus personne au 14 Juillet. Il fallut fermer.

Ray BINDER et FOY, deux anciens éléments de l’orchestre de Ray VENTURA, sont au 14 Juillet, nouvelle boîte de Montparnasse ouverte par Henry. » (Jazz Tango Dancing – juin 1933)
« Le 14 Juillet, la boîte en vogue présentée par Henry. A 22 heures, la chanteuse américaine Jane AMSTRONG (sic), Eddy, BINDER et leur orchestre. » (La Semaine à Paris – octobre 1933)
  
L'orchestre EDDY - BINDER    Photo x
Cependant, la réputation de l’orchestre Eddy Binder allait bon train et les galas ne manquèrent pas.
Edouard dénicha un nouveau contrat et signa avec le plus chic établissement de Paris : Le Bagdad, 168, rue du Faubourg Saint Honoré (8ème), un engagement qui devait durer longtemps. Pour cela, il fallait augmenter le nombre des musiciens et nous cherchions un guitariste, violoniste.
Un monsieur vînt nous présenter son fils en vantant ses qualités et en m’autorisant « à lui flanquer un coup de pied au cul » s’il manquait à ses devoirs. Ce jeune garçon se fit un nom plus tard, car il s’agissait de Bernard HILDA.
Le Bagdad était dirigé par la terreur des musiciens : Mr Faudrain, très sévère et à cheval sur les horaires. Cependant, dès les premiers contacts avec lui, il se montra agréable et devint même amical.
Nous étions cinq musiciens pour une très grande et belle salle dont les immenses vitrines en glace donnaient sur le Faubourg. Nous avions avec nous un excellent quintette noir : Les KENTUCKY SINGERS, avec qui nous nous sommes très vite liés d’amitié. Un orchestre tango de très bonne qualité : ORLANDO, complétait le personnel et la clientèle, très nombreuse et très élégante fut satisfaite.
La salle, bien que grande, était trop petite pour contenir les amateurs de « thés – dansants » qui se présentaient chaque jour à la porte. De plus, il y avait des attractions généralement choisies parmi celles de grande renommée et nous étions chargés de les accompagner.
Les répétitions se faisaient le vendredi et ce n’était pas une affaire de tout repos. Heureusement, en cas de litige, Mr Faudrain me donnait toujours raison. Un jour, une très belle fille allemande, stripteaseuse, nous demanda d’accompagner son numéro avec le « Tambourin » de Kreisler. C’est un morceau de concert réservé aux as du violon et le pauvre Bernard HILDA n’était pas de force. Que faire ? Mr Faudrain décida qu’un simple slow à la mode irait tout aussi bien et la stripteaseuse montra sa superbe anatomie avec philosophie, sans Kreisler.
  
Un autre jour, deux petits gosses, très timidement, me demandèrent de les accompagner sur une musique très connue dont ils n’avaient aucune partition. L’accompagnement eut lieu le mieux du monde et ces deux gosses eurent un fameux succès. C’étaient Jimmy GAILLARD et sa sœur qui imitaient le fameux duo : Maurice CHEVALIER et Yvonne VALLEE. Jimmy a fait son chemin depuis et, à chacune de nos rencontres, il ne manque jamais de me remercier.
Le soir, le Bagdad se transformait en restaurant dansant et les clients étaient très différents de ceux de l’après-midi et bien plus exigeants.
Début janvier 1934, les KENTUCKY SINGERS nous ont quittés, appelés par d’autres engagements et nous les avons remplacé par deux musiciens, tous deux saxophonistes : Bob FRUMKIN à l’alto et au baryton, VIGNERES au ténor, mais aussi au violon. A la batterie, OLIVIER a succédé à MARION (Jean ?).
Tout marche bien et, à part de nouveaux arrangements musicaux, notre orchestre tient le coup.
Par contre, dans la rue, les choses s’enveniment ; l’affaire Stavisky est le détonateur et les manifestations se succèdent. Le 6 février 1934, tous les contestataires se retrouvent Place de la Concorde. Vers six heures du soir, ils cherchent à traverser la Seine pour atteindre  l’Assemblée Nationale.
Pour nous, le thé – dansant s’est déroulé à peu près bien mais la soirée risque d’être sérieusement gâchée. Dès 20 heures, des ambulances remontent le Faubourg Saint Honoré en direction de l’hôpital Beaujon, toutes sirènes hurlantes.
Des groupes de manifestants menacent de briser les glaces du Bagdad. Mr Faudrain sort un impressionnant revolver, bien décidé à tirer sur qui voudrait pénétrer dans le restaurant.
Trois jours après, les forces de gauche font une démonstration d’une telle ampleur que tout se calme comme par enchantement.
Tout est donc rentré dans l’ordre, l’orchestre marche bien, Faudrain est content, mais le Bagdad doit fermer ses portes comme chaque printemps, et il va falloir trouver du travail.
Edouard consulte les impresarios et nous sommes engagés à Biarritz pour la Pentecôte. Mr Lartigue, directeur de Casinos de Biarritz, a signé un petit contrat d’une dizaine de jours afin de nous tester et nous jouons dans le cabaret du Casino de la Plage. Une excellente chanteuse américaine dont je crois pouvoir affirmer qu’elle est d’ascendance russe, tient le rôle de chanteuse, évidemment, mais aussi celui d’hôtesse, ce qui lui réussit très bien, et le cabaret devient le rendez-vous élégant de la Côte Basque ..
  
Edouard prenait des leçons de gymnastique avec un garçon qui rêvait de devenir chanteur. Il avait, du reste, une très belle voix. Il finit par réussir à se faire engager par Ray VENTURA et devint une star du chant sous le nom d’André DASSARY.
Tout allait pour le mieux, mais je dois raconter que je fus amené par De Valmalète, qui régissait l’Orchestre Symphonique du Casino de la Plage, à diriger cet orchestre d’une cinquantaine de musiciens afin d’accompagner les girls que nous avions l’habitude d’accompagner au dancing. Je me retrouvais au pupitre devant cette formation avec un trac considérable car les musiciens me regardaient d’un sale œil. Je fis le nécessaire pour ne pas les gêner et tout se passa pour le mieux mais j’étais content d’en avoir fini. Ce fut la seule fois  où j’eus l’occasion de diriger une telle formation.
AMBROSE et ses musiciens rentrèrent à Londres au début septembre (1934 – NDLR) et nous avons vraiment appris quelque chose de nouveau qui devait nous servir pour le reste de nos expériences musicales. On le vit bien à la réouverture du Bagdad quand nous avons retrouvé notre public habituel. L’orchestre jouait d’une manière beaucoup plus douce et pourtant tout aussi rythmée qu’avant, ce qui suscita, au début, quelques hésitations qui ne durèrent pas bien longtemps et qui se transformèrent vite en succès.
Le plus important fut le nombre intéressant de contrats qui nous furent offerts. »

La séparation de Ray BINDER et Edouard FOY

« Après avoir soigneusement évité les cabarets  douteux et les boîtes de nuit que nous ne voulions pas, il restait assez d’offres sérieuses que nous pouvions choisir, en particulier un contrat avec l’Hôtel Carlton d’Amsterdam et la saison du Palm Beach de Cannes.
Devant ce nombre inhabituel d’offres, une question se posa bientôt : devions nous accepter notre collaboration ou bien devions nous former deux orchestres basés sur les mêmes formules. C’est la deuxième solution qui fut choisie. Edouard prit le contrat de Cannes et je me décidais à faire un tour en Hollande.
Nous avons appris cette nouvelle à nos musiciens en leur demandant de choisir avec lequel de nous deux ils désiraient continuer. Bob CASTELLA décida de rester avec Edouard et le reste de l’orchestre me donna la préférence.
Pour ne pas gêner Mr Faudrain, nous avons formé un troisième orchestre et mon départ pour Amsterdam eut lieu fin novembre 1934. »